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Dossier : L’essor du cinéma africain : du figurant au second rôle

Partie 3 : Interview
Dossier, Interview
Publié le 15 . 06 . 2026
Sarah Benabed-Sadin, Ambassadrice du cinéma
Alicia Poirier NDiaye est distributrice chez Les Films 26, spécialisée dans la distribution de films américains sur le continent africain, depuis 2018, filiale de la société de distribution Metropolitan. Découvrez son métier et la distribution cinématographique en Afrique.
Les Films 26

Lorsqu’on évoque le cinéma en Afrique, on parle souvent de l’essor des productions cinématographiques africaines. Mais pour qu’elles nous parviennent, il y a un maillon essentiel de la chaîne qui reste souvent dans l’ombre : la distribution. Comment les films arrivent-ils jusqu’aux salles ? Comment fonctionne le marché de la distribution ?

Il est important de le rappeler : l’Afrique n’est pas un pays, mais un ensemble de 54 pays aux réalités économiques et culturelles très différentes. Comprendre la distribution cinématographique en Afrique suppose donc de dépasser les généralisations et de comprendre les différents marchés du continent.

Nous avons interviewé Alicia Poirier NDiaye, une distributrice spécialisée dans le distribution de films américains en Afrique. À travers son témoignage, nous allons davantage comprendre les réalités, les défis et les évolutions de la distribution cinématographique en Afrique aujourd’hui.

Je travaille pour Film 26, créé dans les années 90, qui est une des filiales de Metropolitan, qui gère seulement la distribution de films américains dans les salles de cinéma de 19 territoires africains, comprenant : Algérie, Tunisie, Maroc, Sénégal, Côte d’Ivoire, Rwanda, Mali, Cameroun, République démocratique du Congo, République du Congo, Gabon, Madagascar, Burkina Faso, Mauritanie, Guinée, Bénin, Togo, Djibouti et Burundi. 

Mon métier dans la distribution est de prendre les droits, majoritairement sur des films américains produits par exemple par Sony, Universal ou encore Paramount. Notre but est d’acquérir, de faire du marketing, de la programmation et de trouver des distributeurs sur les territoires concernés. 

Ce sont des marchés complètement différents les uns des autres comme les parcs de salles sont différents. On peut passer de pays avec de gros marchés comme le Maroc, la Tunisie et un peu plus l’Algérie maintenant voire même la Côte d’Ivoire et le Sénégal, à des pays avec des petits marchés comme le Mali où il n’y a qu’une salle avec deux écrans. En Mauritanie et au Burundi, il n’y a qu’une salle gérée par l’institut français, au normes DCP, exploitations américaines. Donc c’est très disparate. 

On travaille avec des vendeurs internationaux. Les vendeurs internationaux gèrent les ventes à l’international dans d’autres pays, ils collaborent avec des distributeurs pour faire diffuser leurs films. Les américains n’en ont pas tellement besoin comme ils ont leurs propres distributeurs et les droits sur pas mal de choses. Par contre, pour les plus petits producteurs, ils font appel à des vendeurs inter pour commercialiser à l’international. 

C’est aussi eux qui s’occupent de trouver des partenaires et des exploitants sur les territoires concernés. 

Je ne peux pas généraliser mais mais il est vrai qu’en général il y a relativement très peu d’acteurs au niveau de la distribtution, sachant que cela varie entre les territoires. Le marché de distribution subsaharienne est très faible dû au fait de peu nombre d’acteurs, il n’y a même pas forcément de distributeurs sur tous les territoires. 

Par exemple, le Nigéria produit énormément de films donc il y aura forcément plus d’acteurs présents.

Alors que des pays comme le Maroc ou encore la Tunisie, leur marché de distribution est beaucoup plus important vu qu’il y a plus d’acteurs, leur marché est plus important.

La salle est le meilleur lieu pour découvrir et voir un film. Pour cela il faut des salles de cinéma et, malheureusement, dans beaucoup de pays africains, les grandes villes sont munies de salle de cinéma mais pas forcément (voire pas du tout) sur le reste des territoires. Cela prive une bonne partie de la population d’aller au cinéma et de s’ouvrir à la nouveauté en salle. C’est là que les plateformes de streaming peuvent être un tremplin qui permet à ces populations de ne pas être privées à 100% du cinéma, avec la démocratisation d’internet ! 

Sinon, il faudrait faire davantage de cinéma itinérant afin de permettre la diminution, à une certaine échelle, des inégalités de l’accès au cinéma.

Encore une fois, cela dépend des années et des territoires… Si le pays a des productions locales, elles peuvent prendre une place importante. Cela varie, mais s’il y a peu de productions locales, c’est une majorité de films américains qu’on retrouve en salle – comme un peu partout dans le monde. 

Ce n’est pas toujours vrai. Ça peut déprendre des calendriers de sorties : les films qui font du chiffre, donc souvent des films américains, sont souvent privilégiés. Mais parfois le cinéma américain peut être mis au second plan et des films africains locaux prennent la vedette des films. Ça se voit plus sur les territoires où il y a une certaine production cinématographique présente. C’est plus compliqué dans les territoires en difficulté de productions locales. 

Pas du tout. 

Sur les territoires avec peu d’écran, comme par exemple, au Burundi où il n’y a qu’une salle de cinéma au norme DCP (Digital Cinema Package : projecteur numérique) ou encore au Niger où beaucoup de salles de cinéma ferment donc les distributeurs vont à l’essentiel : des films qui attirent et qui sont rentabilisés donc majoritairement des films américains.

Le cinéma américain participe à l’envie des jeunes cinéastes locaux africains de vouloir, eux aussi, faire des films. Ça donne de l’espoir. Même d’un point de vue économique, les films américains contribuent au financement du cinéma africain grâce, entre autre, aux taxes.

Bien sûr – c’est réservé à une élite. Les parcs de salles sont tellement petits et concentrés que l’accessibilité devient compliquée. Ça devient un effort pour les familles alors que le cinéma, ça reste tout de même un loisir de proximité, qui doit être populaire. Mais ce n’est pas toujours le cas. 

Nous en tant que distributeurs on souhaiterait développer de plus en plus les liens avec des producteurs et des co-productions entre plusieurs territoires. Tout en permettant aux producteurs africains d’avoir plus de guichet afin de se permettre des films plus gros et plus ambitieux. Pour qu’ensuite, ils s’exportent sur des marchés étrangers comme la Corée par exemple. 

Il y a une envie de créer un phénomène de star-système. Par exemple, s’il y a une star ivoirienne et une star marocaine dans un film, les deux pays auront sûrement un public qui se déplacera en salle. 

Merci à Alicia de nous éclairer davantage sur le métier de distributeur ainsi que sur le marché cinématographique sur le continent africain.

Afin de découvrir certaines productions africaines, un cycle de cinéma africain se déroulera au cinéma Les Cinéastes du 18 au 20 juin, accompagné de présentations de films et de ciné-échanges avec des associations.

Dossier : L'essor du cinéma africain
Partie 1

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